ENTREZ SUR LE SITE CONTRE-TÉMOIGNAGE : LE REFUS OBSTINÉ D' UNE MAMAN

Contre-témoignage :

le refus obstiné d’une maman


HISTOIRE VECUE par une sage-femme

Lisbeth Burger a pu assister 2283 naissances ; elle nous livre ce témoignage bien dramatique de la sortie d'un enfant avorté par sa mère (Mon journal de sage-femme, Ed. de Chiré, 1980)
Ce fut une nuit effroyable, la plus épouvantable de toute ma vie ; que n'y étaient donc présents tous ceux qui seraient un jour tentés par le démon des enfers pour provoquer un avortement ! Pourtant, une sage-femme doit s’habituer à bien des secousses : gémissements, cris, angoisses, douleurs, sang, frayeurs. Là où d'autres s'enfuiraient, on reste et on accomplit sa tâche, silencieuse, dure au besoin. Mais une agonie comme celle de cette jeune femme de 30 ans, mon Dieu, je vous en prie, ne jamais plus revoir cela.

Le clocher égrena ses 12 coups dans la nuit d'été silencieuse et chaude. D'ordinaire les malades entendent volontiers sonner les heures, mais ici, la femme se dresse, fixant sur la porte des yeux écarquillés par une épouvante démesurée, le regard devient toujours plus hagard et s'emplit d'une terreur folle, ses cheveux se dressent ; essayant de sauter hors du lit, elle dit :

Partir ! Je veux partir !

Nous ne la maintenons qu'à grand peine, alors elle se cache sous la couverture pour ne pas voir. Pourtant il n'y a rien ; si nous éclairons davantage la pièce, la malade crie plus fort encore. Dans l'obscurité quasi totale les cris atteignent leur paroxysme. Comment arrêter toutes ces hallucinations ? En définitive j'attrape la seringue ; pendant un moment elle gît, épuisée, comme morte, la tête sur l'oreiller... Mais les affres réapparaissent graduellement, elle dit à nouveau :

Les voilà, ils reviennent, l'un après l'autre ; celui-là est déjà grand... et un autre, 3, 6, 8, celui-ci est resté tout petit ; celui-là à qui on avait arraché la tête, il la porte à présent dans ses mains... 11,12, celui-ci c'étaient les jambes, il marche quand-même, brisé en deux, ensanglanté... et là, seulement un bras, et une jambe. Et vos yeux ? C'est comme s'ils n'avaient plus leurs yeux ! Où sont-ils, vos yeux ?

Et de tirer le drap pour ne plus les voir :

Non, allez-vous-en, vous n'avez aucun droit à la vie !

Et elle s'effondre, épuisée. Après un moment, elle recommence, disant ce que ses enfants lui disent :

Nous ne pouvons pas voir la Lumière éternelle, donne-nous tes yeux, toi notre mère ! Tu nous as pris les nôtres, donne-nous tes yeux !

Alors je comprends et tout mon être se glace d'effroi. Elle en était à son treizième avortement. D'ailleurs ici même un bras et une jambe étaient déjà expulsés, l'enfant ayant été criminellement déchiqueté dans le sein maternel ; mais le treizième !

Mais que revenez-vous aujourd'hui ? Vous êtes morts, vous n'existez plus ! Qui vous envoie ici ?

Nous ne pouvons entrer dans le repos éternel sans toi, nous ne pouvons entrer dans le repos éternel, tu nous as pris la paix, tu nous as privés de la Patrie, tu nous as chassé du sein maternel, tu nous as volé notre repos. Donne-nous LE REPOS ETERNEL.

Et elle disait voir leurs yeux vides et affreux.

Allez-vous-en !

les suppliait-elle, avançant les mains comme un rempart :

Ne me tourmentez pas, allez-vous-en ! Mais vous, vous ne les entendez donc pas comme moi qui se plaignent, gémissent, pleurent et crient, qui disent : "Nous n'avons pas reçu l'eau du Baptême, pour effacer le péché originel, nous n'avons pas le vêtement de la Grâce pour couvrir notre nudité, pas l'habit de Fête pour l'éternel Festin nuptial, nous sommes exclus, nous avons faim : DONNE-NOUS LA LUMIÈRE ! LA LUMIERE ! RECHAUFFE-NOUS !

Dans un accès de frénésie soudain elle crie :

Allez-vous-en ! Allez, ne me touchez pas, vous ne me prendrez pas mes yeux, ni mon cœur ; laissez-moi partir, partir !

Par bonheur, voici le médecin : la tête de l'enfant est expulsée dans un flot de sang. Le diagnostic est instantané : l'enfant avait été déchiqueté par une intervention mécanique, mais l'utérus était aussi blessé à plusieurs endroits, une péritonite à ses débuts, avec une hémorragie impossible à stopper une heure durant ; vraisemblablement, demain, la fin. On prévient le mari qui prit cela avec un grand flegme, quand la pauvre femme encore sous anesthésie reprenait une fois de plus le compte tragique :

Là ! Ils reviennent ! 1, 2, 6, 10...

Le mari les voyait-il aussi ? Il s'enfuit comme poursuivi par des furies vengeresses...

Trois jours et trois nuits, la malheureuse cria en gémissant : les plus fortes doses de stupéfiants ne lui procuraient pas de repos, elle revoyait sans cesse ses treize enfants revenir vers elle avec leurs supplications. Au quatrième jour elle revint à elle subitement. On prévient à nouveau le mari, puis le prêtre à qui elle dit, aussitôt entré :

Oui, il y en a 13, ne me posez plus de questions.

Et le prêtre de lui parler du pardon, de la Miséricorde divine, mais elle, rassemblant ses dernières forces dit, en fixant son mari :

Laissez-moi, c'est en Enfer que je veux aller pour me venger de ce bandit dans l'éternité !

puis une dernière parole à l'adresse de son mari :

Bandit !

et elle décéda.